Remettre l’éducation et la culture au cœur du pacte républicain

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Remettre l’éducation et la culture au cœur du pacte républicain


L’émancipation de chacun est au cœur des engagements de la gauche. L’éducation et la culture, par la maîtrise des pratiques et des savoirs qu’elles apportent, par le regard critique et informé qu’elles peuvent permettre d’acquérir, constituent les voies de l’autonomie, de l’égalité et de la citoyenneté.

Quand certains réduisent l’école à l’enseignement des fondamentaux (lire, écrire compter) et que d’autres ne lui assignent qu’une finalité économique, quand la culture est trop souvent rangée au magasin des accessoires facultatifs et considérée comme une variable d’ajustement budgétaire pratique, nous réaffirmons que l’enjeu est décisif :
il s’agit de doter les citoyens d’outils pour analyser et comprendre le monde et les autres.

Mais, si elles constituent des leviers incontournables à qui veut rapprocher le réel de l’idéal, il n’en demeure pas moins que de fortes inégalités demeurent dans l’accès à ces conditions de l’émancipation (inégalités sociales, inégalités territoriales, inégalités de genre…). Le système éducatif reproduit trop souvent les inégalités existantes dans la société : on assiste aujourd’hui à une stagnation, voire à une régression de la démocratisation de l’accès à l’enseignement et aux diplômes et les « décrocheurs » sont beaucoup trop nombreux ! D’un côté, l’accès aux diplômes les plus prestigieux est de plus en plus réservé à une élite, qui a d’autant mieux intégré la culture scolaire que c’est… la sienne.

D’un autre côté, au moins 100 à 130 000 élèves sortent chaque année du système scolaire sans aucun diplôme. Il faut donc s’attaquer au noyau dur des élèves en situation d’échec, en se donnant les moyens d’apporter à chaque problème que rencontre un élève une réponse adaptée. Certains tendent à penser qu’il existe des élèves « irréductibles » à l’acquisition des savoirs, qu’il faudrait exclure pour préserver les autres.

Accepter cette fatalité, c’est renier l’exigence d’égalité. L’inégalité et l’acceptation du déterminisme commencent dans les têtes des enfants.

Permettre à notre peuple de s’investir dans la construction de son avenir permet à la fois de le rendre partie prenante du pacte républicain mais aussi d’être acteur citoyen défendant l’intérêt général et mettant de côté tout intérêt particulier synonyme de division, d’individualisme, de communautarisme. Cette méthode est celle de l’éducation populaire qui doit retrouver le soutien de la puissance publique, qui a privilégié depuis plusieurs années une logique consumériste et de prestation de service plutôt que de participation des citoyens ou empowerment. L’éducation populaire contribue tout à la fois à promouvoir l’esprit civique de nos concitoyens et à construire les contre-pouvoirs nécessaires dans notre espace public.

S’il faut doter la jeunesse d’un esprit et de capacités critiques, il faut aussi développer le droit citoyen à l’information de qualité : « Sans l’afflux d’informations, dont la recherche peut être coûteuse, et sans une reprise de cette information au moyen d’arguments qui supposent une expertise qui n’est pas non plus précisément gratuite, la communication publique ne peut que perdre sa vitalité discursive.

La sphère publique risque alors de n’être plus à même de résister aux tendances populistes et de remplir la fonction qu’il est de son devoir de remplir dans le cadre d’un État de droit démocratique » alertait ainsi Habermas en 2007 en soulignant la nécessité démocratique d’un subventionnement public à la « presse de qualité », le marché ne pouvant « remplir cette fonction qu’aussi longtemps que la légalité économique ne cherche pas à asphyxier les contenus politiques et culturels qui portent sur lui ».

Se donner les moyens d’une alternative à “la mise à disposition de temps de cerveau disponible” est une urgence démocratique.

Voici ce qu’il faudrait engager dès le début du prochain mandat

1- Sanctuariser le budget de l’Éducation Nationale et poursuivre les créations de poste au-delà des 60 000 postes annoncés durant le quinquennat Hollande. D’autre part, les dotations de l’État pour les premières années de la mise en oeuvre des rythmes scolaires dans les communes doivent être pérennisées sauf à vouloir accroître les inégalités scolaires entre elles.
Au-delà, il convient d’assurer un financement public national suffisant permettant de garantir l’égalité républicaine et l’organisation d’activité de qualité partout et pour tous. Le gel des rémunérations des fonctionnaires de l’Éducation Nationale, dévalorisant leur travail, doit cesser.

2- Recréer de véritables écoles de formation de professeurs avec un pré-recrutement dès la deuxième année de licence, inspiré des IPES ou anciennes écoles normales d’instituteurs, seule solution pour diversifier l’origine sociale des enseignants, mettre fin aux problèmes de recrutement, et mettre en place un véritable apprentissage des métiers.

3- Lancer un plan de revalorisation des métiers de l’enseignement et revisiter des statuts vieillissants.

4- Faire de l’école primaire, véritable parent pauvre de notre système, une priorité au sein du système éducatif :
Il est moins difficile d’empêcher un jeune de décrocher que de mettre en place des stratégies coûteuses pour essayer de le remettre à niveau ! (Faut-il rappeler que la France dépense 20 à 30% de moins par élève que la moyenne des pays de l’OCDE comparables pour les élèves du primaire ?).

5- Développer la pré-scolarisation dès 2 ans.

6- Poursuivre la réforme des rythmes à tous les niveaux et sur l’année.

7- Mettre en oeuvre au sein de l’école le grand plan d’éducation artistique et culturel que nous avions annoncé en 2012.
Ce projet devait permettre aux enfants de partager une expérience de travail avec des professionnels de l’art, de la culture, du sport, dans un cadre régi par les règles de l’éducation populaire (égalité, laïcité, ouverture au monde et à l’Autre) et mis en place par un binôme de ministères (Éducation Nationale et Culture) pour une véritable égalité territoriale (rurale, suburbaine, péri-urbaine et urbaine), en permettant donc à toutes les collectivités d’avoir la même qualité d’intervention auprès de chaque enfant. Il convient également de donner toute sa place à l’« éducation à l’image » et à la maîtrise des médias numériques.

8- engager un débat national pour la création du service public de la petite enfance qui était proposé dans le programme socialiste, afin de légiférer sur sa création dès le début du quinquennat.

9- Un gouvernement de gauche se doit de garantir les principes qui ont été édictés pour l’indépendance de la presse dans le programme du conseil national de la résistance. Il s’agit notamment d’empêcher leur tutelle par des puissances financières qui ont intérêt à manipuler l’opinion publique.
Il faut faire adopter une loi interdisant la prise de contrôle des médias et des groupes de presse par des sociétés bénéficiant de la commande publique. Révisons également le mode de subvention public à la presse en intégrant dans leur calcul le niveau de création originale (artistique ou journalistique).

10- Redonner toute sa force à l’éducation populaire dont la fonction constitutive est de doter chacun des outils de compréhension de notre monde. Une généralisation du service civique orientée vers les mouvements d’éducation populaire et les associations peut y contribuer, s’il est élargi à toutes les générations.

11- Assurer l’actualisation du budget de la culture et soutenir la création artistique et les artistes. La réforme de l’intermittence du spectacle, qui aurait pu annihiler les méfaits de celle de 2003, n’a pas du tout pris en compte les analyses faites depuis plus de 10 ans. Alors qu’aujourd’hui, les artistes et techniciens du spectacle se préoccupent d’ouvrir leurs droits à tous les travailleurs précaires de plus en plus nombreux, nous leur avons claqué la porte au nez en allant dans le même sens que la réforme menée par Jean-Jacques Aillagon à l’époque : plus d’heures, moins d’indemnités, plus de difficultés pour les petites structures à se maintenir en vie.

Enfin, le régime des intermittents du spectacle ne saurait être qu’amélioré, loin du renforcement de la précarisation acté en 2003. Il ne saurait, en outre, être ponctionné sur le budget de la culture, déjà mis à mal. Il est aussi important de penser aux artistes hors du monde du spectacle (auteurs, plasticiens…) qui sont tout autant importants pour le rayonnement et le dynamisme du pays.

Collectif Les Socialistes – Moselle

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