Emmanuel Macron : Et de droite, et de droite !

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Emmanuel Macron : Et de droite, et de droite !


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Les 8 propositions d’Emmanuel Macron, récemment publiées dans l’Obs sont toutes inspirées par la même logique libérale : la liberté du renard libre dans le poulailler libre, la flexibilité, l’individualisation à outrance.

Alors lorsqu’il prétend être et de gauche et de droite, l’analyse de ses propositions est sans appel : il est de droite et de droite. En écho à la phrase de François Mitterrand qui lorsqu’on lui disait que le centre n’était ni de droite ni de gauche, répondait il n’est ni de gauche , ni de gauche.

1- la remise en cause des 35h, un temps de travail différent selon l’âge, le retour à la logique du “SMIC jeune”

Les thèses libérales sont assumées avec une désarmante naïveté ou plutôt un cynisme calculé.

« Les salariés qui le souhaiteraient pourraient travailler moins à partir de 50 ou 55 ans, 30 heures, 32 heures pourquoi pas ? », mais payées à quel salaire ? Car il est déjà possible de demander des temps partiels et même des départs progressifs à la retraite… En réalité il s’agit d’instaurer des négociations collectives de branches.

Son raisonnement est complété par « en revanche, quand on est jeune, 35h ce n’est pas long ! »

Comment accepter cette vision caricaturale. Les plus de 50 ans seraient usés et les jeunes au motif d’être frais émoulus devraient accepter d’être corvéables ! Faut il rappeler que ce n’est pas le salarié qui choisit son temps de travail mais le patron !?

Les jeunes travailleraient davantage et les aînés moins. Cela revient à avoir un salaire horaire plus bas pour les jeunes, que pour les plus âgés, bafouant ainsi le principe « à travail égal, salaire égal ».

C’est une mise en concurrence entre les jeunes et les plus âgés, avec des phénomènes d’éviction redoutables.

L’argumentaire d’Emmanuel Macron vaut son pesant d’or : « quand on est jeune, 35H ce n’est pas assez. On veut travailler plus, on veut apprendre son Job » qu’il aille expliquer cela aux jeunes qui ont des métiers pénibles, qui pour beaucoup sont plus formés qu’on ne le dit et encore plus à ceux qui sont parents de jeunes enfants.

Manifestement, « aller à la rencontre des Français » ne lui a guère permis de mieux percevoir la réalité des conditions de vie de nos concitoyens… sans compter ce paternalisme patronal vieux comme le monde : « un entrepreneur raisonne ainsi : je veux bien l’embaucher, mais il va apprendre son Job, en entrant dans mon entreprise, donc il faut qu’il effectue davantage d’heures… ». Effarant !

Inutile de dire que ce genre de suggestion technocratique est impraticable dans la plupart des entreprises où les salariés auraient des heures de travail différentes et ça changerait à chaque embauche. Quel cafouillage !

2- la vielle lune des inclus et des exclus et la solution sans cesse rabâchée par les libéraux, le nivellement par le bas, le déclassement partagé !

Selon lui, si l’accès à l’emploi est difficile pour certain, c’est parce que les autres seraient trop protégés. Ce ne serait pas parce la politique économique ne permet pas la relance de l’activité, ni parce que faute de partager les richesses on ne permet pas de soutenir des emplois pourtant nécessaires !

Emmanuel Macron recycle le même discours éculé depuis 30 ans mettant en opposition les salariés ayant obtenu des acquis dans les grandes entreprises et les autres « Prenez par exemple un employé en CDI dans un grand groupe et une personne qui fait exactement le même travail, parfois à côté de lui, mais pour le compte d’un sous-traitant ou d’une agence d’intérim. Ils n’ont pas les même droits ni les même protections. C’est là une injustice profonde ! ».

Certes… nous le dénonçons d’ailleurs depuis des années : nous demandons que la continuité contractuelle chez les sous-traitants soient inscrite dans la loi, imposant des cadres sociaux comparables, réduisant aussi la tendance à l’externalisation des activités par les grands groupes qui captent la richesse en pressurant les PME, qui elles créent les emplois.

Non, Emmanuel Macron ne propose pas des convergences vers le haut, mais un nivellement vers le bas et la flexibilité généralisée.

3- encore plus loin que la « loi travail » : le droit du travail « en fonction des spécificités du secteur économique » ou la loi de la jungle…

Tout ce que les Français ont refusé dans la loi travail est repris à une plus grande échelle et même généralisé. La loi définit un socle social minimum et « la mise en œuvre de ces droits et les autres questions devraient être renvoyés aux accords majoritaires entre employeurs et salariés au niveau de la branche et pour certains au niveau de l’entreprise ».

La pensée d’Emmanuel Macron manque singulièrement de cohérence car quelques paragraphes plus haut, dans le même entretien, il fustige – à juste titre – le fait que les droits formels ne deviennent pas des droits réels. Sauf que, justement, cette mise en œuvre de droits sociaux en fonction du rapport de force des salariés dans l’entreprise ne peut qu’attiser ce décalage. C’est d’ailleurs pourquoi il le propose avec toujours en ligne de mire la baisse du « coût du travail » en stimulant une forme de dumping social à l’intérieur du pays.

4- la gestion étatique de l’Unedic et l’affaiblissement des syndicats.

On a droit à l’éternelle ritournelle sur les bienfaits du dialogue social ; et pourtant quand il s’agit d’affaiblir les syndicats et le paritarisme, Emmanuel Macron y va bon train.

Il propose de faire gérer l’assurance chômage et l’Unédic par l’État, au motif spécieux qu’in fine l’Etat assure l’équilibre financier, argumentant avec cette formule bien à droite : « il n’y a rien de pire qu’un système où celui qui décide n’est pas celui qui paye ! » (On imagine la mise en œuvre systématique de cette règle, avec les riches qui décident plus que les pauvres de l’usage des impôts !).

Au demeurant, ce sont les cotisations des salariés qui abondent l’assurance chômage. Et d’ailleurs, Emmanuel Macron ne dit rien des cotisations qui pourraient prendre en charge ce qu’il propose, à savoir des garanties chômage pour les auto-entrepreneurs qui pour l’heure ne cotisent pas ! j’espère qu’il ne compte pas faire payer les salariés parfois concurrencés par ces auto-entrepreneurs pour payer leurs allocations chômage !

5- aucune stratégie économique de relance, de reconquête industrielle, la poursuite de l’étranglement de la demande intérieure.

On pourrait attendre de l’ex ministre des finances qui veut faire tomber la plupart des « tabous » (en réalité des principes essentiels de gauche), qu’il s’en prenne aussi à ceux de la droite.

Force est de constater qu’il ne remet rien en cause des dogmes de la politique de l’offre et que c’est d’autant plus stupide et grave que la demande mondiale est faible et qu’il y a de marges de manœuvres importantes en France et en Europe.

Rien n’ont plus sur la mise en place de plans de filières pour assurer la reconquête industrielle, rien n’ont plus sur la nécessité d’engager des mesures ciblées de protection de notre marché intérieur contre les dumpings sociaux fiscaux environnementaux et contre l’exploitation des travailleurs détachés.

* * *

Bref nous payons déjà très cher l’incurie des orientations qu’il a instillées d’abord à l’Élysée puis comme ministre des finances – et que le Président de la République a complaisamment faites siennes – pour appeler les déçus du quinquennat – et qui avait fait l’élection de François Hollande – de ne pas se laisser berner par le mirage du changement version Emmanuel Macron…

Il est en marche arrière !

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