Mobilisons-nous pour l’Education Nationale

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Mobilisons-nous pour l’Education Nationale


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A la veille d’une nouvelle journée de grève (8 septembre 2016) contre la réforme du collège, Marie-Noëlle Lienemann, candidate aux primaires de la gauche, s’adresse aux enseignants et à l’ensemble des acteurs de l’éducation pour leur présenter sa vision des enjeux et ses propositions pour le prochain quinquennat.

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La rentrée scolaire de la dernière année du quinquennat s’engage sans que le malaise éducatif de ce pays soit réglé : l’impact des 60.000 postes n’est que très peu perceptible sur le terrain ; la refondation n’a été que timidement engagée, il est urgent de la parachever en la reprenant autrement.

Évidemment, après de terribles années de réduction des moyens, de suppression de la formation des maîtres et des structures psycho-pédagogiques, et de stigmatisation du corps enseignant, que le quinquennat de Nicolas Sarkozy a poussé au paroxysme, l’arrivée de François Hollande devait permettre d’inverser la tendance, d’ouvrir de nouveaux espoirs sans pour autant incarner l’indispensable renaissance de notre système éducatif.

Notre pays reste face à un défi éducatif de grande ampleur. Il en va de l’avenir de notre jeunesse, de la vitalité et de la solidité de notre pacte républicain, comme du rayonnement économique, social et culturel de la France. L’éducation, l’école publique exigent désormais une mobilisation générale de la Nation toute entière.

Il n’y a pas de fatalité du recul de la France dans le classement international PISA qui non seulement sanctionne l’importance de l’échec scolaire mais aussi l’impuissance à combattre les inégalités qu’elle reproduit et parfais aggrave.

Il n’y a pas de fatalité à la persistance du malaise enseignant, alors que les professeurs devraient pourtant être valorisés, reconnus, soutenus.

Il n’y a pas de fatalité au fossé qui s’est creusé entre l’Éducation Nationale et les citoyens.

Face à ses difficultés, des propositions plus réactionnaires les unes que les autres viennent de la droite ; la gauche doit poursuivre et amplifier l’effort budgétaire indispensable pour dégager des moyens nouveaux et les affecter vraiment aux priorités, à savoir la lutte contre l’échec scolaire en primaire et le décrochage ensuite au Collège, revaloriser les rémunérations et les missions des enseignants, les associer véritablement aux mutations et aux enjeux de notre système éducatif.

Rien ne sera possible sans leur adhésion et sans que les couches populaires de retrouvent confiance dans l’école publique et l’Éducation Nationale.

Lettre de Marie-Noëlle Lienemann aux enseignants et à la communauté éducative

Paris le 7 septembre 2016

MOBILISONS-NOUS POUR L’ÉDUCATION NATIONALE

Notre pays est face à un défi éducatif de grande ampleur. Il en va de l’avenir de notre jeunesse, de la vitalité et de la solidité de notre pacte républicain, comme du rayonnement économique, social, culturel de la France. L’éducation, l’école publique exigent désormais une mobilisation générale de la Nation toute entière.

Car, le doute qui mine la société Française n’épargne pas l’école et il est impératif que très vite les français, singulièrement les plus modestes, retrouvent une confiance pleine et entière dans notre Éducation Nationale. C’est pour moi une priorité absolue. Cette confiance ne peut naître que si nous sommes capables de renouer avec la réussite scolaire du plus grand nombre, de combattre les inégalités et leur reproduction et si l’école publique joue pleinement son rôle de pilier de notre République.

Ne la laissons pas seule, soutenons là et donnons-lui les moyens de nos ambitions, qui sont grandes.

Il n’y a pas de fatalité au recul de la France dans le classement international PISA qui non seulement sanctionne l’importance de l’échec scolaire mais aussi l’impuissance à combattre les inégalités qu’elle reproduit et parfois aggrave.

Il n’y a pas de fatalité à la persistance du malaise des enseignants. Ils devraient pourtant être valorisés, reconnus, soutenus.

Il n’y a pas de fatalité au fossé qui s’est creusé entre l’Éducation Nationale et les citoyens.

Après de terribles années de réduction des moyens, la suppression de la formation des maîtres et des structures psychopédagogiques, et de stigmatisation du corps enseignant, que le quinquennat de Nicolas Sarkozy a poussé au paroxysme, l’arrivée de François Hollande a tenté d’ inverser la tendance, ouvert de nouveaux espoirs sans pour autant incarner l’indispensable renaissance de notre système éducatif.

La refondation n’a été que timidement amorcée ; il y a loin de la coupe aux lèvres, il est urgent de parachever ce travail, d’en réorienter certains aspects et de le reprendre autrement. Il faut regarder avec lucidité la situation. La réalité n’est pas au rendez-vous des attentes et elle demeure alarmante.

Les Français ont massivement soutenu la priorité que François Hollande accordait à l’éducation et à la jeunesse. Ils ont apprécié ses engagements de dégager 60 000 postes supplémentaires, de cibler les efforts sur le premier degré. Mais, sur le terrain, les améliorations ne sont guère tangibles, en tout cas pour l’heure et les postes supplémentaires annoncés ne se concrétisent pas toujours devant les élèves.

Ainsi, à cette rentrée 2016, la dernière du quinquennat, seuls 46 500 nouveaux postes ont été budgétés donc 13 500 de moins que prévus (42 500 à comparer au 54 000 en primaire et secondaire, 4 000 à comparer aux 6 000 dans le supérieur).

Une très large partie des postes créés les premières années correspond à des postes de stagiaires, des enseignants en formation qui ne sont pas en permanence devant dans une classe.

Dans le même temps, notre pays a connu une forte hausse de la démographie scolaire. L’amélioration de la présence enseignante dans les écoles n’est pas perceptible.

Par ailleurs, pour lutter contre l’échec scolaire, l’une des mesures les plus importantes devait être la mise en oeuvre du dispositif « plus de maîtres que de classes », pour améliorer l’apprentissage en primaire. Il n’a bénéficié depuis 3 ans que de 2 090 postes supplémentaires, alors même que la loi pour la refondation de l’école en prévoyait 7 000 d’ici la fin du quinquennat. C’est pourtant, de mon point de vue, une disposition majeure pour combattre l’échec scolaire et améliorer l’acquisition de la lecture et des savoirs fondamentaux en primaire.

Il faudra donc poursuivre la création de postes dans l’Éducation Nationale pour assurer la scolarisation avant 3 ans, pour tenir compte de la hausse démographique en collège, pour alléger le nombre d’élèves par classe et surtout assurer dans tous les territoires et établissements en difficultés plus de maîtres par classe.

Il est aussi très important d’assurer la présence de psychomotriciens, psychologues et d’orthophonistes dans les établissements scolaires car leur intervention est, dans bien des cas, indispensable pour accompagner les élèves en difficultés et soutenir l’équipe éducative.

L’effort budgétaire devra être prolongé pour dégager des moyens nouveaux et les affecter vraiment aux priorités, à savoir la lutte contre l’échec scolaire en primaire et le décrochage ensuite au Collège.

Fixons-nous l’objectif de retrouver notre place dans les 15 premiers pays du classement PISA au cours du prochain quinquennat et de combattre de toutes nos forces les déterminismes sociaux. Assurons-nous que dès qu’un enfant semble rencontrer des difficultés significatives, les équipes éducatives vont pouvoir agir et auront à leur disposition les moyens de lui permettre de réussir.

La première année du futur quinquennat, devra être votée par le Parlement une programmation quinquennale du recrutement des enseignants, de personnels spécialisés et leur répartition territoriale. Elle sera préparée par les États généraux de l’Éducation Nationale, associant largement les acteurs de l’école.

La réforme du temps scolaire a été mise en oeuvre de façon très hétérogène selon les communes et pose souvent de réelles difficultés aux familles. Les activités périscolaires sont parfois payantes et pas toujours à la hauteur des attendes éducatives, ce qui va à l’encontre de l’objectif de réduction des inégalités.

C’est pourquoi je propose la création d’un grand ministère de l’éducation populaire qui complétera l’action éducative de l’école publique. Il prendra en charge le financement, la coordination des temps d’activités périscolaires qui doivent redevenir gratuites. Il assurera un maillage et une diversité d’activités de qualité partout et pour tous ; il sera garant de l’égalité républicaine, de la compétence des personnels éducatifs et promouvra une éthique civique. Il devra aussi veiller et suivre le développement des activités d’éducation populaire dans les quartiers et les territoires défavorisés. Il travaillera en lien étroit avec le monde de la culture, du sport, tant au niveau local que national. Les activités périscolaires ne peuvent être simplement juxtaposées aux activités scolaires sans lien, sans finalités explicitement partagées, sans objectifs généraux communs. Ce ministère devra agir pour que le projet éducatif de territoire soit un vrai levier de changement et non un acte formel, administratif, sans portée.

La réforme du Collège est le contre-exemple de la méthode à suivre.

Aujourd’hui, la réforme, et même les avancées qu’elle voudrait consacrer, se heurte à une grande incompréhension, au mieux au doute des enseignants et des parents et souvent à leur désaccord. Elle va entrer formellement dans les faits, mais, probablement, sans atteindre les objectifs fixés. Cette réforme n’a pas été débattue au parlement et le gouvernement suivant en cela son attitude de « réformer » en force accroît à la démoralisation collective. Le risque est grand que derrière les mots ou concepts séduisants comme « interdisciplinarité », « suivi individualisé des élèves », « apprentissage plus précoce de plusieurs langues vivantes » se profile une réalité tout autre. Derrière cette réforme apparaît une forme de pensée unique sur « les bonnes méthodes pédagogiques » – sans compter le verbiage qui parfois l’accompagne – qui mériterait davantage de confrontations et de débats pour que soit trouvé un meilleur équilibre entre des approches qui ne peuvent pas être tranchées à l’emporte-pièce.

Il va falloir reprendre le dialogue avec les enseignants des collèges, assurer une évaluation participative sérieuse pour remettre sur de bons rails une réforme dont on peut cependant partager l’ambition principale : élever le niveau de tous nos enfants et combattre le décrochage massif.

C’est pourquoi je propose une grande consultation par internet qui devrait permettre à l’ensemble de ceux qui sont concernés par cette réforme de faire remonter leurs observations et analyses de la situation, leurs attentes, préoccupations et propositions.

Rien n’est possible sans résoudre le malaise des enseignants. Il est multiforme et témoigne des difficultés croissantes à exercer leur mission, à atteindre les objectifs, à faire face aux difficultés des enfants, de leur famille et aux fragilités de notre société. Il est largement renforcé par un manque de reconnaissance, de valorisation de cette profession que l’insuffisance des rémunérations révèle de façon redoutable. Une réorganisation des services centraux et déconcentrés ainsi qu’une réflexion sur le rôle et les missions des corps d’inspection afin de faire évoluer les formes de management par l’encadrement supérieur et de mener une véritable politique de ressource humaine, s’impose désormais.

J’ai plaidé depuis des années pour une augmentation importante des salaires ; il faut franchir dès à présent une étape significative et engager un plan de rattrapage pour rejoindre la moyenne haute des rémunérations des pays développés. Des négociations devront s’ouvrir avec les organisations syndicales pour redéfinir avec les conditions de travail et d’exercice de leurs missions.

Je crois nécessaire de promouvoir massivement le pré-recrutement des enseignants qui garantirait une meilleure diversité du recrutement, l’accès des jeunes des milieux populaires. Je crois indispensable de favoriser la formation continue et le soutien des enseignants par leurs pairs plus expérimentés, qui peuvent devenir des personnes ressources incomparables.

En tout cas, il doit être clair aux yeux des enseignants que le temps est révolu où l’on prétendait faire une bonne réforme sans eux, voire contre eux !

L’école est confrontée, comme toute la société, à de profondes transformations qui percutent l’acte d’enseigner. Les enseignants doivent être partie prenante de la réflexion collective et permanente sur les programmes, les pratiques, les mutations en cours. Je propose que soit organisée, tous les ans, une conférence pédagogique dans chaque académie, temps de débat et d’information, pour qu’apparaisse plus clairement, à tous, les diverses approches possibles, les complémentarités utiles, les innovations engagées et leur pertinence. Il faut assurer un bouillonnement collectif et confiant sur les réponses que l’Éducation Nationale peut apporter à nos enfants. La diversité des approches est possible, tout en respectant un principe essentiel : programmes et diplômes nationaux.

L’école n’est pas un monde clos. D’ailleurs il serait injuste et illusoire de lui demander de résoudre seule, tous les problèmes auxquels notre pays est incapable, aujourd’hui, de trouver des solutions. Par exemple, le recul de la mixité sociale, l’importance du nombre d’enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté accroissent les difficultés de l’école. L’école ne peut agir isolée et la société française doit s’attaquer à bras le corps à ces fléaux majeurs, qui minent notre République.

Depuis trop longtemps, bon nombre de nos concitoyens se sentent exclus, éloignés, peu pris en compte par l’institution scolaire et finissent par douter même qu’un redressement soit possible.

Là est l’une des premières urgences de l’élection présidentielle de 2017 : engager une mobilisation sans précédent de la Nation pour un grand projet éducatif global, inscrit dans une perspective sociétale à long terme. Et il ne suffira pas de quelques paroles et engagement des candidats, je propose que soit organisée chaque année une conférence nationale de l’éducation qui rassemble parents, enseignants, élèves, collectivités, parlementaires, administration et gouvernement ; car le débat sur notre système éducatif ne saurait demeurer dans un espace confiné, feutré entre spécialistes sous l’influence indirecte mais décisive du ministère de budget. Ce temps annuel de débat public doit aussi assurer une confrontation concrète entre les annonces et le vécu du terrain… plutôt des terrains, tant les inégalités territoriales sont inquiétantes.

Notre pays et nos dirigeants ne peuvent plus se mettre la tête sous le sable devant ces réalités.

Je forme le voeu que les responsables de l’Éducation Nationale, les recteurs et les directeurs académiques des services départementaux participent à des réunions dans les quartiers populaires, transmettent un message d’engagement et de confiance à leurs habitants et à leur jeunesse, rappelant que leur première préoccupation et leur priorité est la réussite de ces enfants, de tous les enfants, qu’il expliquent comment cette grande institution républicaine compte y parvenir, dialogue avec ces familles pour qu’elles sachent qu’elles ont toute leur place dans ce défi collectif.

En tout cas, il nous faut combattre avec force l’offensive réactionnaire qui se profile dans les programmes des candidats de droite et d’extrême droite qui ne proposent qu’un retour à des pratiques désuètes, n’ayant jamais fait la preuve de leur efficacité, si ce n’est pour sélectionner une élite étroite. Il ne faut pas les laisser caricaturer les débats et y imposer une prétendue alternative entre les tenants de l’autorité et les laxistes post soixante-huitards, entre l’enseignement des savoirs et l’acquisition des compétences, entre l’indispensable sens de l’effort et le plaisir d’apprendre, entre l’ouverture à la vie et la culture générale.

Prenons garde aux dogmes qui nous éloignent de l’essentiel :

Élever le niveau culturel de tous nos concitoyens et de tous nos enfants ;

Permettre à chacun de maîtriser, comprendre, critiquer le monde qui l’entoure et de trouver la voie de son épanouissement et de son insertion sociale, professionnelle ;

Transmettre les valeurs de notre République, réussir le vivre ensemble, développer l’esprit civique et l’implication citoyenne ;

Combattre les inégalités.

La présidentielle de 2017, je l’espère, fédérera la gauche, les progressistes pour donner force et crédibilité à l’école publique laïque, gratuite et obligatoire qui doit demeurer la grande chance pour notre jeunesse et la grande promesse d’une France, confiante en son avenir et sûre de sa République.

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